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26 février 2005 - RCP / Barreau de Cardiff (par Coach Vahid)
Du ciment sous les plaines

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Le billard de la ville de Nanterre ayant été jugé trop fragile pour pouvoir supporter les godillots crasseux et cramponnés chaussés par de grosses brutes irrespectueuses, c'est finalement au stade Pershing de Vincennes, sur un terrain durci par le froid, que l'occasion était donnée aux valeureux membres du RCP d'affronter leurs homologues Gallois.

Les nombreux mails échangés la semaine précédent le match traduisaient autant l'excitation générée par l'évènement de recevoir une équipe anglo-saxonne que l'envie toujours tenace de la battre, même dans la douleur.

Les hautes instances du club n'avaient eu aucun mal à réunir quelques volontaires pour transporter nos amis Gallois (nos adversaires sont toujours nos amis avant un match ; c'est pendant celui-ci que les choses peuvent éventuellement se compliquer).

Rendez-vous était donc donné à 9h40 à Vincennes, au Bureau, notre quartier général, dont les tenanciers, à force de voir avec récurrence nos trognes rougies par le combat tous les samedis vers 13h00, ne tarderont pas, espérons-le, à définitivement nous fidéliser en nous faisant bénéficier gratuitement de leurs pompes à bières.

SOLO, LACAZ, TRUFFIER, BRICE, SPLUG, CHEWBA, XAPATA, EDDY et votre serviteur attendent donc patiemment que nos adversaires d'un jour, annoncés à 9h45 au métro de Vincennes, daignent pointer le bout de leur nez qu'ils avaient sans doute hâte d'exhiber sous les rayons d'un soleil d'hiver annonciateur de jours plus doux.

Les minutes s'écoulent et c'est vers 10h15 que SPLUG nous apprend que les Gallois sont à la gare de l'Est, qu'ils prennent le métro et que leur arrivée est prévue vers 10h45, à condition toutefois que ledit métro soit pris dans le bon sens.

Sentant l'heure du combat approcher, TRUFFIER le délicat me glisse subrepticement à l'oreille qu'il sent son ventre le travailler et qu'il ne pourra livrer un match plein si les voies les plus intimes de son anatomie ne sont pas entièrement dégagées.

L'entrée soudaine des Gallois dans le bar interrompt ce débat de haute tenue.

Contrairement à la tradition, aucun tachu aviné et dénudé ne se présente à nous.

Une poignée de mains franche et virile, un petit sourire de travers et un regard faussement complice ne parviennent pas à masquer l'envie rageuse qui hante chacun d'entre nous de battre pour la première fois la Law Society of Cardiff.

Les Gallois s'engouffrent dans nos voitures ; j'hérite avec plaisir du gars KEVIN, (très) ancien talonneur de l'équipe RCP, irlandais de cœur et de sang, désormais exilé à Villefranche de Loragais, charmant petit bourg ensoleillé situé près de Toulouse.

Il y semble heureux.

Si heureux qu'il en vient à me demander pourquoi nous, les parisiens, nous nous obstinons à vouloir rester à Paris, à la recherche constante et vaine de ce qui pour lui est un gage de quiétude, à savoir le temps et l'espace.

Une partie de la réponse lui sera donnée plus tard, après le match.

Les campagnes anglo-saxonnes faisant toujours recette, c'est au nombre de 27 que nous pénétrons dans le vestiaire.

Il n'y a jamais que 13 joueurs de plus que le samedi précédent, lors d'un entraînement glacial, ludique et technique.

Nous notons parmi nous la présence du toujours très volubile CHICO qui, au même titre que les sauterelles d'Afrique, migre, au gré des saisons, d'un endroit à un autre, à la recherche d'un abri qui lui inspire confiance : tantôt l'ouest, tantôt l'est parisien ; tantôt il arbore une chaussette bleue, tantôt une verte ; tantôt il se pare d'un maillot à damier bleu et rouge ; tantôt d'un damier vert et jaune.

Une nouvelle couleur vient désormais l'habiller : le bleu turquoise, la couleur des schtroumpfs, dont il a revêtu sans honte et avec un large sourire, sous la forme d'un caleçon long et d'un tee-shirt à manches longues, son corps improbable où règne l'anarchie.

Seul CARIBOU osera le défier sur le terrain… du risible, en portant, au cours du match, un pantalon de survêtement d'un autre âge.

IMPULSE, que le vent du nord glacial si cher à son âme a bien voulu porter jusqu'à nous, est également présent.

Le Mata Hari du RCP, toujours très précieux pour l'équipe qui réussit à l'employer, a traversé la banlieue d'ouest en est pour prêter mains fortes aux Gallois annoncés à 13 mais finalement au complet.

Alors que certains visages commencent lentement à se fermer, que les voix se font basses et que les corps huilés se crispent, le gros DOVE, revêtu des couleurs galloises, fait soudain irruption dans notre vestiaire et s'adresse à CHEWBA en ces termes : "Eh Chewba, parmi les 5 shorts que tu as certainement dû acheter spécialement pour ce match, y en a pas un que tu ne mets pas et que tu pourrais me prêter ?"

Si DOVE avait fait preuve d'une constante fidélité à l'égard de notre club, il aurait appris que ledit CHEWBA a récemment et intégralement renouvelé sa garde-robe rugbystique au prix du sur-mesure, c'est-à-dire 1 930 €, chaussures non comprises.

L'équipe de départ est annoncée, comme de coutume, du 1 au 15 :

MISTER T, KRIM, le ROUGE, SPLUG, CHEWBA, TRUFFIER, FRED, CARIBOU, la HAINE, PHILIPPE, OUDY, la BANQUE, BERNARDO, EDDY et SOLO.

LACAZ, BRICE, PARAGUAY, XAPATA, TARMAK, BRONX, TGV, MINIMOI et BAT GOUGE complètent avec allure le tableau.

Ainsi que le dit justement un certain B. LAPORTE, un match se joue et se gagne (ou se perd) à 22.

Aujourd'hui, il se gagnera à 25.

Une petite incertitude subsiste quant à la place qu'il convient d'attribuer à CHICO.

Son âme libertaire, son penchant naturel pour les tenues exotiques de mauvais goût et son attirance déraisonnable pour les dinosaures miniatures en plastique, le condamnent au rôle d'arbitre.

En prévision du match que le RCP doit prochainement disputer contre la Law Society of Dublin, nos confrères Irlandais ont envoyé à Vincennes la plus charmante de leurs émissaires.

Il s'agit de LYNETTE la pétulante, la femme de PHILIPPE, dont la seule présence sur le bord de la touche donne à ce spectacle parfois barbare des allures de ballet gracieux.

L'échauffement est à peine commencé que déjà le coup d'envoi est annoncé.

Français et Gallois se réunissent au centre du terrain pour observer une minute de silence à la mémoire de notre cher YETI.

Puis, les joueurs se dispersent et prennent position sur le terrain.

Le KRIMOUNET, la démarche chaloupée et vive, prend position sur la ligne des 22 mètres, non sans avoir au préalable jeté un regard de fauve affamé en direction de la touche.

Une seule présence féminine vous contemple et tout est transformé.

Les premières minutes du jeu sont équilibrées. Les Gallois tentent d'écarter leurs ballons vers les extérieurs à destination notamment de leur ailier, un rouquemoute au teint livide, paré d'admirables gants de laine et qui semble tout droit sorti de l'Hippocampe (un bar Saint Maurien renommé pour l'enthousiasme de ses serveuses et le mélange des corps).

Les 10 premières minutes de jeu se déroulent dans le camp adverse dans le couloir des 5 mètres.

Aux farouches percussions axiales des Gallois, le RCP répond par une organisation défensive sans faille.

Déjà, les fins techniciens du RCP ont relevé les faiblesses de l'équipe adverse : un second rideau défensif inexistant, un ballon qui ne parvient que trop rarement au second centre, un ailier ganté et hagard, un jeu au pied approximatif et une animation offensive le plus souvent réduite à des défis individuels.

Le combat est intense, surtout devant, où les gros, soudés comme jamais, arrivent souvent les premiers sur les points d'impact ; TRUFFIER justifie son surnom et souffle la gonfle à un Gallois venu malencontreusement s'empaler sur lui ; en deux passes, le ballon est déjà entre les mains de BERNARDO ; à cet instant, la mémoire me fait défaut, mais BERNARDO, trop content d'hériter du précieux Sésame, a certainement dû le mettre sous son maillot de peur que les Gallois ne lui piquent.

Sur une touche rapidement jouée, la classe des lignes arrières se révèle à chacun.

PHILIPPE mystifie la défense adverse par une double feinte intérieure et offre un caviar à SOLO qui, lancé plein pot, s'arrache sur 30 mètres pour inscrire le premier essai de la partie ; la classe !

A peine le temps de reprendre sa respiration que déjà, notre BANQUE préférée avance à découvert et s'engouffre entre les 2 centres Gallois pour marquer le deuxième essai du match, amorcé, il faut bien le dire, par notre glorieux paquet d'avants.

Le troisième essai est inscrit dans la foulée par TARMAK qui, le long de la ligne de touche, vient parachever avec force et détermination, le travail d'école effectué par la paire de centre BANCO-BERNARDO : je fixe et je donne à hauteur vers l'extérieur.

Certaines mauvaises langues vous diront avoir vu IMPLUSE, le gars du nord passé chez l'ennemi, l'ancien chien fou au physique abîmé, fondre sur TARMAK, notre ailier de poche, et le rattraper in extremis à quelques encâblures de la ligne d'en but.

Les mêmes ajouteront que DOVE avait 10 mètres de retard et 10 ans de plus que TARMAK au départ de l'action ; chacun aura sa version.

La réaction galloise est immédiate, mais CHEWBA, dynamité par l'attribution récente et justifiée de ses galons de capitaine, exhorte ses joueurs à porter de nouveau le danger dans le camp ennemi.

Surgit alors le premier coup d'éclat de ce match ; MISTER T en est à l'origine. Son genou rétabli grâce à une rééducation hivernale douloureuse mais efficace, MISTER T s'extirpe d'un maul initié par les gros et déboule sur la ligne des 50 mètres avec la ferme intention d'éradiquer tout obstacle qui pourrait se dresser devant lui ; le premier rideau est franchi avec une facilité déconcertante.

C'est alors que MISTER T ralentit sa course, jette un coup d'œil sur son intérieur puis son extérieur, aperçoit alors à sa hauteur PHILIPPE et lui transmet alors le Graal d'une lumineuse passe visée à droite ;

PHILIPPE cadre alors deux Gallois puis offre la gonfle à SOLO qui, lancé sur son extérieur, s'arrache à nouveau sur 30 mètres pour marquer un essai mémorable, fruit d'une succession d'actions d'envergure au cours desquelles facilité technique, intelligence tactique et supériorité physique se sont harmonieusement mêlées.

Pour que ce mouvement soit vraiment idéal, et qu'il contente enfin l'éducateur éternellement insatisfait que je suis, il fallait qu'un gros tampon asséné sèchement sur un joueur adverse en soit à l'origine.

Ce sera chose faite quelques secondes plus tard grâce à BERNARDO qui stoppera net son vis-à-vis en le culbutant avec élégance ; avec élégance en effet, tant il était tentant, dans ces circonstances, de prolonger son action en enfonçant son épaule sur le sternum de sa victime : esprit magnanime ou limite technique ?

Toujours en quête d'un signe de reconnaissance, BERNARDO se tournera alors vers la touche afin de s'assurer qu'il n'était pas seul à être satisfait de ses performances.

Avec des propos que l'on qualifiera de  "populaires", le même BERNARDO me demandera de congédier CHICO de son rôle d'arbitre, ses décisions manquant parfois, il est vrai, de légitimité ou, à tout le moins, de conviction.

Peut-être un jour CHICO réalisera-t-il que sa place est définitivement parmi nous, en tant que joueur.

XAPATA, notre docteur es science rugbystique, le remplace quelques instants avant de siffler la mi-temps sur un score sans appel de 23 à 5 en faveur du RCP.

LACAZ, PARAGUAY, XAPATA, BRONX, TGV et le SPHINX remplacent respectivement KRIM, CHEWBA, TARMAK, EDDY, SOLO et BERNARDO.

KRIM prend le sifflet.

La deuxième mi-temps repart sur le même rythme que la première ; notre replacement défensif est un peu plus lent mais n'offre aucun intervalle aux Gallois.

Survient alors la seconde action lumineuse de ce match ; elle est à mettre au crédit de BRONX : un faux timide, un faux lent, un faux calme.

A la suite d'un coup de pied gallois, BRONX récupère le ballon dans nos 22 mètres ; la suite est accumulation de phases techniques jubilatoires de la trempe de celles menées par Jason Robinson, l'arrière de la Rose.

Cad-deb, feinte de passe à gauche, prise d'intervalle, retour intérieur, changement de rythme, changement d'appui, re-cad-deb, re-feinte de passe, accélération, mystification, concrétisation et admiration.

Toute la panoplie du joueur technique et malin y est passée. On ne compte même plus le nombre de joueurs Gallois laissés sur place.

Certes, c'est une action individuelle qui, d'ordinaire, dans ce jeu du Rugby, ne mérite pas que l'on s'y attarde : sauf exception. Ce jour là, BRONX a incarné l'exception.

Il convient néanmoins de préciser que si BRONX a ainsi pu promener sa démarche chaloupée au milieu de la défense Galloise, c'est aussi grâce au jeu sans ballon de ses potes, qui, au soutien, en créant de faux appels, lui ont libéré les intervalles.

Un autre essai suivra ; il sera l'œuvre du toujours très véloce XAPATA, qui, malgré le poids de son short clairsemé de boue réussira, à la suite d'un coup de pied à suivre dans l'en but magistralement dosé par PHILIPPE, à griller CHICO, passé depuis la mi-temps à l'arrière de l'équipe adverse.

Si cette action est si glorieusement narrée, c'est uniquement parce que XAPATA s'est arraché victorieusement des griffes de CHICO pour marquer un essai plein de conviction, car il est vrai que ce coup de pied à suivre dans leur but ne semblait pas s'imposer, surtout avec un 4 contre 2 à jouer sur le fermé ; certains se sont retrouvés goudronnés et emplumés pour moins que ça.

La fin de match est toujours aussi soutenue ; on y verra même SPLUG, quelque peu sermonné à la mi-temps, récupérer le ballon sur une mêlée spontanée puis remettre une couche dans l'axe afin de faire reculer la défense adverse et permettre ainsi de fixer une troisième ligne à la recherche de son second souffle.

Il ne reste que quelques minutes de jeu ; OUDY et SOLO, des fourmis plein les jambes, font leur entrée en troisième ligne où ils ne séviront que quelques secondes, le temps de s'apercevoir que ce poste ne leur offre manifestement pas la possibilité de montrer toute l'étendue de leur talent.

Sur l'ultime action du match, un Gallois se relève avec le majeur complètement démis ; un petit tour de passe-passe et son doigt meurtris réintègre son axe. Une bise amicale me sera offerte en guise de reconnaissance.

KRIM siffle la fin du match ; la RCP l'emporte pour la première fois sur la Law Society of Cardiff sur le score de 39 à 7.

Revenu dans les vestiaires, LACAZ, tout en se parfumant les endroits les plus inaccessibles de son corps de jeune éphèbe, exhibe fièrement ses nouveaux dessous.

La couleur (verte), la forme (courte) et l'aspect (collant) de son cycliste n'ont rien à envier aux récentes campagnes de publicité pour les sous-vêtements de la marque Hom dont les affiches ornent actuellement tous les abris bus de Paris.

Gallois et Français s'échangent leurs maillots.

TRUFFIER hérite de celui de son vis-à-vis : le numéro 6 ; il me le tend en me disant qu'il me revient tout naturellement. C'est tout aussi naturellement que je le refuse, une première fois, une seconde fois, une troisième fois, puis finalement lui cède.

Le rugby, ce n'est pas autre chose qu'un état d'esprit.

C'est au Bureau que nous nous retrouvons pour entamer la plus chaleureuse des mi-temps : la troisième.

Quelques peintes sont englouties ; chacun semble apaisé et serein, heureux d'avoir livré un combat loyal et éprouvant.

Je me tourne alors vers Kevin et lui glisse à l'oreille :

"Tu m'as demandé tout à l'heure pourquoi nous, les parisiens, les potes du RCP, nous nous obstinons à vivre à Paris alors que la province est si attrayante.

Pour cette impression constante et rassurante qu'ensemble, il ne peut rien nous arriver".

 

Forest

 

 

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