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4 février 2006 - Barreau d'Ecosse / RCP (par Zapata)
Inverleith Park : le retour

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L'attirance de SPLUG pour les champs de betteraves picards reste un mystère, mais moins grand que le talent qui lui permet d'y attirer une vingtaine d'hommes adultes, pour certains pères de famille, diplômés voire reconnus dans leurs activités professionnelles.

C'est pourtant là, au milieu d'une campagne grasse et brouillardeuse, q''il avait donné rendez-vous à 21 personnes, un samedi matin à 8h30, en prétendant qu'il y aurait un aéroport international à Beauvais à même de nous amener à Glasgow.

Certains esprits bassement rationnels trouveront étrange de faire un Beauvais/Glasgow quand un Paris/Edimbourg ferait très bien l'affaire, mais il est comme ça SPLUG, vagabond,  bucolique, agricole.

A 9h30 les données brutes des dernières variations saisonnières nous privent de trois joueurs, LA SUZE, CHEWBA et Mark, qui va finir par être plus proche de l'arlésien que de l'australien, et nous nous retrouvons à 19 gaillards en vue de l'assaut.

MISTER T (qui ne sait pas que dans quelques heures il sera débaptisé), EDMOND, HABIT ROUGE, LACAZ, SPHYNX, Alexis (dont le surnom bouillonne sous des crânes), SPLUG, Louis (qui ignore encore qu'il vit ses derniers instants de chrysalide), FORREST, CARIBOU, LATEX, BERNARDO, TRUFFIER, SCARABEE, ROYCO, PERRIN, MINI MOI, SOLO et votre serviteur ZAPATA.

La probabilité de dévaliser le Duty Free de Beauvais étant proche du néant c'est vers des achats plus traditionnels comme l'Equipe ou le nouveau Midol du vendredi que tous les joueurs se tournent.

Tous ? Non, PERRIN résiste, et, peut-être dans le but de préparer de nouvelles techniques de placage pour l'après midi même, il a le nez dans un magazine d'Arts Martiaux.

Ah PERRIN….

PERRIN est unique, nécessaire, indispensable.

Rarement là où on l'attend (souvenez-vous de l'an passé à Londres), il est toujours surprenant, rarement décevant, et surtout d'une parfaite candeur en rugby ; lui qui un peu plus tard dans le week-end croisant Rémy MARTIN et reconnaîtra là le trois quart aile de l'équipe de France, mais si tu sais bien, comme s'appelle t'il déjà ce type ?

A Beauvais, l'embarquement des vols, se fait sous un chapiteau (qu'ils doivent également louer en soirée à des noces et banquets) et le cadre général n'est pas sans rappeler les photos de l'arrivée des émigrés à ELLIS ISLAND au début du siècle dernier.

Nous y croiserons deux potes de LATEX, en partance, comme nous, et que nous retrouverons plus tard en Ecosse.

A bord pas de surprises, et, réputation de RYAN AIR oblige, les serveuses sont aussi désagréables que dans mon souvenir.

J'écris serveuses, des âmes charitables auraient pu écrire hôtesses, mais la froideur de leur accueil ressemble plus à petit déjeuner avec des matons en poste à Saint Pierre et Miquelon un lendemain d'émeute, qu'à un banquet de tahitiennes en rut.

Une heure et demi de vol après, sans aucune turbulence, nous atteignons l'aéroport de Glasgow Preswick (ce qui en vieil écossais signifie a peu de choses près trou du cul du monde).

Le soleil brille, les mines sont enjouées et rien ne peut entamer notre moral pas même l'absence des jeunes femmes de petite vertu pourtant annoncées avec fanfaronnade par SPLUG.

Le problème c'est qu'elles ont du se barrer avec le PULLMAN avec elles les bougresses, parce de bus  il n'y a point.

Encore balbutiant en écossais, SPLUG n'a pas réussi à se faire comprendre du chauffeur la veille au téléphone, du coup le brave Mac nous attend à l'autre aéroport de Glasgow, le vrai.

C'est donc par un convoi de taxis dignes de la Marne que nous quittons l'aéroport.

1h30 plus tard, l'arrivée à Edimbourg est triomphale pour SPLUG. Notre hôtel est réellement en plein centre, à deux cent mètres de l'hôtel Balmoral, où séjourne l'Autre équipe nationale.

KONI et Rita, arrivés la veille, nous attendent sur le pas de porte, comme des tauliers.

Les couples se forment avant d'aller prendre possession des chambres, quelques minutes seulement avant le rendez-vous dans le hall de l'hôtel.

A partir de là, les têtes sont déjà au match, les visages se ferment.

Deux minutes de taxi et nous voilà à INVERLEITH Park, le stade mythique, aux cinq saisons en une rencontre.

Le cadre est superbe, en arrière plan le cœur d'EDIMBOURG et "ses sombres clochers biscornus" qu'on ne pouvait pas mieux nommer, est nimbé d'un beau soleil que nous maudirons tout à l'heure.

Au milieu du parc, quelques terrains de rugby côtoient des jardins ouvriers, et au bout une de ces bâtisses toutes plates, en briques claires, qui sert de club house et de vestiaires.

Les écossais nous y accueillent, visiblement heureux de nous retrouver et nous avons juste le temps de voler quelques bribes d'un Irlande Italie prometteur.

Direction les vestiaires, ou plutôt le vestiaire, petite pièce unique, basse de plafond, sans fenêtre ni aération, dans lequel nous allons nous agglutiner, nous retrouver.

Cette promiscuité devient une force, un préalable nécessaire à l'osmose qui fait de nous une équipe sur le terrain.

Tout commence et se termine ici, collés les uns aux autres, chacun dans sa bulle et tellement imprégnés des autres, de tous les autres, ceux dans le vestiaire  et ceux qui n'y sont pas.

Tout participe de ce rituel, la chauffante de SOLO, les ciseaux de MISTER T, et même le slip jamaïcain de FORREST ; autant de détails qui font du vestiaire notre maison, partout.

Cette communion est renforcée par la distribution des nouveaux maillots, plus sobres et plus commémoratifs, doublement nouveaux pour certains.

MISTER T cède la place à PABOUM,  FORREST est FORREST et le fringant Louis devient OURAZI.

Lionel, un copain de FORREST nous rejoint dans le vestiaire.

L'équipe entrante est annoncée :

 

MISTER T, SPHYNX, HABIT ROUGE, Alexis, SPLUG, FORREST, OURAZI, CARIBOU, LATEX, BERNARDO, MINI MOI, TRUFFIER, SCARABEE, ZAPATA, SOLO.

 

Après sa victoire dans l'épreuve de hockey sur glace de la semaine dernière, le Captain LATEX est reconduit dans ses fonctions.

La sortie se fait groupée, nos adversaires sont déjà sur le terrain.

L'échauffement est court mais concentré, sérieux; aucun commentaire, juste les quelques mots d'un LATEX qui assure parfaitement son rôle.

Nous prenons possession du terrain.

Nous avons le soleil en pleine gueule et derrière, nous allons passer une mi-temps à imiter les indiens des plaines, une main sur le front au-dessus des yeux.

Le coup d'envoi est donné par les Scottish, maillots jaunes d'Or, pour deux mi-temps de trente minutes, devant un public composé, outre KONI et les remplaçants, de Rita et Aurore.

Les 5 premières minutes sont assez équilibrées, les écossais plutôt portés sur le jeu d'avant alors que LATEX ouvre vite sur un BERNARDO très en jambe, et qui ne mérite pas encore le sobriquet de TOCARDO qu'il récoltera plus tard dans le week-end.

Les écossais sont plus lourds que nous devant et comme les mêlées sont poussées, il faudra toute la volonté de la première ligne pour faire front.

Mais dès l'entame tout le RCP est appliqué, dans la défense, les soutiens, les conservations de balle.

Le ballon vit et c'est un plaisir que de nous sentir aussi collectifs.

Sur un regroupement dans leur camp, le ballon, visiblement lassé du maul, sort tout seul.

SPLUG qui ne rate rien s'en saisit et n'en demande pas mieux pour aller filer à l'essai, qui ne sera pas transformé.

5-0

Dans ces cas-là, une décharge de joie vous parcourt l'échine, elle distille dans vos veines le poison de la joie, l'ennemi de la concentration, de la persévérance.

Mais chacun garde la tête au match.

Surtout que, piqués au vif, les écossais vont nous contraindre à jouer dans notre camp pendant 15 minutes d'affilé.

Leurs avants enchaînent les charges, nous reculons parfois mais ne cédons pas, les barbelés sont tendus, nous contenons une horde Jaune déchaînée mais brouillonne.

Chacun plaque, résiste, se relève et se replace, les consignes sont suivies comme rarement.

CARIBOU, Alexis, HABIT ROUGE  remuent de la barbaque.  

Sous la pression, les Scottish échappent des ballons ou se les font voler dans des un contre un par TRUFFIER, FORREST, SPHYNX ou PABOUM aux pinces d'Or.

Le RCP sort les ballons des mauls et dégage au pied via SOLO ou BERNARDO quand on ne joue pas à la main

Ça ne part toujours loin, mais on reprend un peu d'air.

Le 15 adverse et son trois quart aile gauche tentent bien quelques relances, mais ils sont jetées en touche.

Et dans ce secteur, la présence de deux sauteurs nous ouvre de beaux horizons.

Les écossais n'arrivent guère à franchir le premier rideau défensif, et ils n'approcheront pas notre ligne à moins de 10 mètres.

L'avantage est maigre, mais nous le tenons et leur impuissance les use, quand elle nous galvanise.

Pas de fatigue, de l'envie, une envie débordante; Comme sur cette action de SPLUG qui parti hors jeu, sur un dégagement de SOLO, fonce se farcir le 15 adverse qui entame une relance à la main.

Toujours en délicatesse avec la règle du hors jeu, il ne voit rien d'autre que sa cible le SPLUG, il est parti, il est dans son élan, ne se rend compte de rien.

L'arbitre, très bon tout au long de la partie, a beau lui crier son numéro, pour avertir avant de sanctionner, pour lui demander de cesser de faire action de jeu, il s'en fout le SPLUG, il l'entend pas l'arbitre, il chasse du 15 comme d'autres de la grouse.

Il achève et assène un très beau plaquage à un écossais déconfit, avant de prendre une pénalité.

Il nous expliquera après le match que comme il joue avec le maillot de CHEWBA, le numéro n'est pas le sien, alors forcément quant l'arbitre a rappelé à l'ordre le twenty seven, il ne s'est pas senti concerné.

Je vous disais qu'il est bucolique.

Maintenant les placages les font reculer, les fatiguent et ils n'ont pas de solutions à commencer par leur 10 qui semble parfois embarrassé par le ballon.

TRUFFIER va montrer toute l'ampleur de ses talents, comme pour rattraper ce retard pris il y a 4 ans, lorsqu'il était resté en rade à Beauvais, passeport et CNI restés à Paname.

Sur un placage bloquant qu'il assène à son vis-à-vis, TRUFFIER pique encore un ballon et LATEX ouvre petit côté.

SCARABEE, SOLO, FORREST, ZAPATA, une fixation, ça ouvre à nouveau grand côté via LATEX et je sais, je sens, qu'un certain nombre d'autres potes touchent la balle, mais j'avoue que la tête dans cette bonne terre bien grasse je ne vois que la fin de l'action, celle d'un TRUFFIER qui repique intérieur servi par un MINIMOI qui vient d'entraîner les défenseurs exté par une jolie feinte.

Un bon gros raffut sur le 10 et TRUFFIER plante le deuxième essai, pas transformé non plus.

10-0, le moral des écossais est touché.

La mi-temps arrive peu après.

LACAZ remplace le ROUGE, PRINZ le SPHYNX ; KONI, sur le bord de touche gérera de main de maître le coaching pendant la seconde mi-temps.

En ce début de première mi-temps nous subissons la charge d'Ecossais qui veulent revenir, tant qu'ils le peuvent encore.

Mais ils sont moins fringants, les scottish, la fatigue se fait sentir, les espaces ne vont pas tarder à s'ouvrir.

En attendant ils nous défient encore.

Un arrière, (le 15, un centre ?) vient par bravade, sans se baisser, s'empaler sur TRUFFIER, qui frémit, et l'arrête, net.

Dans le maul qui suit les écossais sont même sanctionnés pour libération trop tardive du ballon.

Et là, à partir de là, nous sentons, nous savons qu'ils ne peuvent plus revenir.

Maul dans leur moitié de terrain, LATEX prend le ballon et fait une passe dans le dos à BERNARDO (il a déjà commis une superbe CHISTERA courant de première mi-temps).

Et faut pas lui en promettre au catalan gourmand, à 15 mètres de la ligne, ça non faut pas lui en promettre.

Deux gri-gri, son incontournable pas de l'oie et il part entre les perches, transformation derrière par SOLO.

3 essais à 0.

SCARABEE et ZAPATA laissent leurs places aux deux potes de LATEX, Arnaud et Jérôme, Lionel remplace MINI MOI.

Le RCP campe maintenant dans le camp écossais, le ballon circule de plus belle, c'est de la régalade de beau rugby.

Sur une superbe attaque en ligne des arrières, Arnaud plante le 4ème essai, que BERNARDO se chargera de transformer en le tapant en drop.

ROYCO fait son entrée à la place de FORREST.

Et ça rigole encore, superbe percée d'OURAZI, qui à 10 mètres de la ligne adverse, sert un PABOUM au soutien.

BERNARDO tient la méthode pour les transformations.

31 à 0.

Il reste alors entre 7 à 10 minutes à jouer.

PERRIN rentre trois quart aile, et malgré des placements hésitant, il est parfaitement là pour arrêter un gros écossais qui tente un départ le long de la touche.

Mais l'équipe se délite un peu, l'odeur de la victoire est trop envahissante.

Et selon une mauvaise habitude très caractéristique du RCP, nous allons un peu les regarder jouer les copains écossais.

Bien que cuits ils voient là leur chance de sauver l'honneur et attaquent à tout va alors que nous sommes désorganisés.

Les placages tirés par PERRIN du manuel des moines de  Shaolin n'y changeront rien, les écossais marquent un essai à quelques minutes de la fin du match.

Ils sont déçus mais résignés, et nous aux anges.

Score FINAL 31-5,  RCP 5 essais 3 transformations, LSC 1 essai.

Pour fêter ça FORREST est mis à nu, et son âme de striker peut enfin s'exprimer librement.

La joie est telle que nous faisons tous ensemble un tour de terrain de décrassage, spontanément, c'est dire l'euphorie qui règne alors.

Le club avait été remonté en 1992, sur une envie de jouer les anglo-saxons pendant le tournoi, 14 ans plus tard le RCP transforme ce rêve en une magistrale victoire à l'extérieur.

Merci les potes.

La promiscuité n'a pas diminué dans le vestiaire, et le ROUGE vidé, vomira de joie sur les chaussures d'un PRINZ hypnotisé par le phénomène.

Place aux festivités que l'on sait toujours étranges avec les écossais, les clients de DING DONG s'en souviennent.

Quelques bières, des sandwichs traditionnels, un meat pie très local, des haricots à la tomate sont offerts sur un buffet à l'extérieur.

SOLO leur parle en gaélique, ils lui répondent en anglais et lui remettent une écuelle pour boire le single malt.

La nuit sera longue pour certains, courte pour d'autres mais elle démontrera qu'EDIMBOURG est une vraie capitale européenne.

SPLUG se fait refuser l'entrée des boîtes de nuit, en tout cas celle de l'OPALA Lounge, alors dans sa grandeur d'âme le SPLUG il accompagnera les vieux dans un bar plus accueillant, le Rick's, d'agréable mémoire.

Dimanche matin c'est QL, avant un match dont on pense encore qu'il sera facilement acquis ; prévoyant malgré moi, j'avais revêtu mon kilt dès midi (non sans provoquer dans l'après midi une inquiétante curiosité de LACAZ).

Après le match la fin de journée de dimanche sera consacrée par certains à une édifiante visite d'un muséum d'histoire naturelle.

Le retour le lundi matin, à une heure à ne pas mettre un écossais, est trop dur pour être narré ici.

Je préfère laisser la parole à PERRIN.

Retrouvant Arnaud, le pote de LATEX, avec les deux drapeaux écossais dans le dos (la croix, que je crois être de saint André, et le félin rouge sur fond jaune) il l'interroge en regardant le drapeau jaune et rouge : « t'es de Franche Comté ? »

Je crois que PABOUM en rigole encore.

 

Xavier AUTAIN

 

 

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